Autour du FHAR

Du nouveau sur le blog ddt21 :

« Être ce que nous ne savons pas encore »,
un texte de Gilles Dauvé sur Stonewall, Carl Wittman, le Fhar et Mario Mieli.

> « Explosons les codes sexuels ! »,
un entretien décapant avec Lola Miesseroff, une ancienne du FHAR.

Le FHAR / Parc des Buttes-chaumont.

Le jour où les pédés firent la chasse à leurs prédateurs.

Comme la plupart des jardins publics, les Buttes-Chaumont sont un lieu propice aux rencontres entre des hommes qui préfèrent leurs semblables, la clandestinité étant le plus souvent leur lot. Ces jardin sont aussi le terrain de chasse de jeunes brutes qui viennent « casser du pédé ». Au printemps 1971, les participants à ce réseau informel qu’était encore le FHAR (Front homosexuel d’action révolutionnaire) décidèrent que cet état de choses avait assez duré et qu’il fallait passer à l’offensive. Un groupe essentiellement composé de garçons fut donc constitué et déferla par la rue Manin. Les chasseurs, chassés à leur tour, furent vite mis en déroute, submergé par le nombre, les hurlements suraigus des « folles » et une violence bien virile à laquelle à laquelle ils ne pouvaient s’attendre. Ils comprirent ainsi que les « pédés » étaient aussi des hommes résolus, qu’ils pouvaient cogner dur et faire reculer l’homophobie. Comprirent-ils aussi que la lutte pour la liberté des choix sexuels n’étaient qu’un des nombreux visages de la lutte pour la subversion des rapports imposés par la société bourgeoise ? L’histoire ne le dit pas, mais nombre de militants homosexuels ne l’avaient sans doute pas plus imaginé. En effet, la disparition du FHAR pour laisser place dès le début 1974 au Groupe de libération homosexuel (GLH) en dit long sur la dilution de la dimension révolutionnaire du mouvement des homosexuels et préfigure le communautarisme intégrateur à l’américaine qui fleurit aujourd’hui les rues du quartier du Marais et enrichit ses commerçants.

Lola Miesseroff

Extrait de Un Paris révolutionnaire, L’Esprit frappeur/Dagorno, 2001, p. 335.

Le journalisme de Guy Hocquenghem

Dans la presse underground des années 1968, des plumes polémiques démolissent les fondements de l’ordre social. Le journaliste Guy Hocquenghem illustre cette période. 

Avec la contestation des années 1968 s’ouvre une libération de tous les aspects de la vie. Guy Hocquenghem relie l’émancipation sociale et la libération des corps. Il participe aux mouvements de lutte homosexuels. Mais, durant son militantisme gauchiste, il a dû cacher son orientation sexuelle. Il participe au groupe maoïste spontanéiste Vive la Révolution (VLR), qui publie le journal Tout !, puis au Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR). Mais Guy Hocquenghem publie également de nombreux textes. Il est journaliste et romancier. Il écrit des reportages et des chroniques, des articles polémiques et des fictions. Il publie dans la presse underground, notamment Actuel et Libération. Jusqu’à sa mort, en 1987, il reste fidèle à ses idées et à l’esprit libertaire de Mai 68. Un recueil d’article, dans le livre Un journal de rêve, permet de découvrir ses articles de presse.

La suite sur Zones subversives

« Masculinité réactionnaire »

Le septième épisode de la série « Homo » est en ligne sur le blog DDT21.

« Au début du XXe siècle, en parallèle au féminisme progressiste, et contre lui, se développe l’utopie réactionnaire (au sens littéral du mot) d’un monde d’hommes, accompagnée d’une nouvelle théorisation de la misogynie… .»

La suite ici.

En prime, « Homosexualité et fascisme » de Klaus Mann (1934)

Réforme sexuelle à Berlin

Sixième épisode de la série Homo sur le blog DDT21.

L’Allemagne est le premier pays où sont apparus des groupements et associations homosexuels, durables et reconnus, jusqu’à leur destruction par le nazisme. C’est là aussi qu’ont eu lieu, de 1919 à 1921, des explosions sociales et des tentatives insurrectionnelles sans équivalent au XXe siècle en Europe occidentale (excepté, dans une moindre mesure, en Italie). Le premier phénomène n’est pas la conséquence directe du second, mais les deux sont liés. « L’identité homosexuelle s’est construite autour de deux axes : la découverte de soi et le regard de l’autre », a écrit une historienne. Pour nous, si identité il y a, elle s’est construite à partir de situations (communes ou pas) et d’intérêts convergents (ou non), c’est-à-dire à partir de l’existence sociale qui était alors celle des « homosexuels ».

La suite sur le blog DDT21

Les vies de Guy Hocquenghem

Une nouvelle publication aux éditions Fayard :

Militant, journaliste, théoricien et écrivain, Guy Hocquenghem (1946-1988) a été une figure majeure de la gauche radicale française. Homosexuel, il s’est pensé comme un minoritaire et n’a eu de cesse de faire vivre pensée critique et contestation des pouvoirs établis.
Ce livre retrace les différentes étapes de sa trajectoire. Mais surtout, à partir de là, et à l’aide d’un très impressionnant travail d’archives et d’entretiens, il reconstitue tout un pan de l’histoire des années 1960 aux années 1980 en France : les mouvements sexuels et minoritaires, la gauche et l’extrême gauche, la presse, le champ littéraire, l’université, le surgissement du sida. Antoine Idier dépeint les mouvements politiques, intellectuels et culturels de l’après-1968, le « gauchisme » et le Front homosexuel d’action révolutionnaire, l’université de Vincennes et le journal Libération, la révolution conservatrice des années 1980.
L’ouvrage aborde des problèmes qui se trouvent toujours au centre du débat : les dynamiques des mouvements sociaux, les catégories de la politique et de la sexualité, les usages de la psychanalyse et du marxisme, l’écriture contestataire – mais aussi l’histoire et la biogra­phie. En somme, il propose une réponse à ce qui reste une énigme : que s’est-il passé en mai 1968 et dans l’après-mai ? Quel héritage en tirer aujourd’hui pour réinventer nos formes de la pensée et de la politique ?

Antoine Idier est sociologue et historien des idées. Il est directeur des études et de la recherche à l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy. Il a notamment publié Les Alinéas au placard. L’abrogation du délit d’homosexualité (1977-1982) aux éditions Cartouche (2013).

Antoine Idier , Les vies de Guy Hocquenghem, politique, sexualité, culture, Fayard, 2017, 324 p.

Qu’est-ce qu’un homme ? (fairy et queer à New York)

tokyo-fashionCinquième épisode de la série Homo sur le blog DDT21.

« Nous aurions une sexualité, déterminée par la distinction hétéro/homo.
Telle est l’idée dominante dans les sociétés occidentales depuis la fin du 20e siècle. L’ajout à ce tableau d’une palette aux nuances de plus en plus fines (bi, queer, trans, etc.) n’en modifie pas l’axe central de la sexualité : être homo ou hétéro. Quoi qu’on en pense, qu’on considère le fait bon ou mauvais, choisi ou contraint, il passe pour un trait fondamental de l’espèce humaine, longtemps nié, marginalisé et réprimé, mais qui heureusement a fini par être accepté dans les pays les plus « éclairés ».
Or, ce qui semble aujourd’hui une réalité (pas « banale » puisqu’il a fallu se battre pour l’imposer) a été historiquement « construit » : pour mieux le comprendre, nous partirons de ce qu’il en était aux Etats-Unis dans la première moitié du 20e siècle, surtout à New York, un peu aussi au Sud profond. »

La suite sur le blog DDT21

Vers la plus queer des insurrections

rogue-one-queerBash Back, une anthologie.

Vers la plus queer des insurrections est la traduction en français de Queer Ultra Violence : Bash Back ! Anthology publié en 2011 par Ardent Press aux États-Unis, une anthologie du mouvement queer insurrectionnaliste Bash Back !, né en 2007, compilée par Fray Baroque et Tegan Eanelli. Les textes regroupés dans ce livre ont été écrits par une constellation d’individus et de groupes et adoptent une multitude d’approches : provocation, romantisme, nihilisme, détournements, réappropriation, références sans citations, humour, postures esthétiques… Autant de stratégies pour creuser des thèmes obsédants, tels que la lutte contre l’intégration aux normes hétérosexuelles, l’usage des identités, l’attaque du christianisme puritain, l’action directe, le rapport à la violence, la vengeance, la pratique des émeutes et autres moments corporels collectifs, la stylisation du corps, l’esthétique de soi, la criminalisation, les stratégies de survie au sein du capitalisme. Des discours qui arrivent comme une bouffée d’oxygène, à l’heure où le manque d’une critique radicale des orientations politiques LGBT (assimilationnisme, nationalisme, apathie face au libéralisme, valorisation des politiques punitives…) est suffoquant.

Une nouveauté des éditions Libertalia

Des rapports de classes chez les homos (victoriens)

victorian-rent-boysQuatrième épisode de la série Homo sur le blog DDT21.

« De tout temps les dominants ont exploité sexuellement les dominés, hommes et femmes, et plus encore quand ils disposent sur l’esclave et le serviteur d’un pouvoir sans limites.
Mais l’érotisation de la masculinité du travailleur ne pouvait naître que lorsque les classes s’agencent comme elles le font sous le capitalisme.
Le bourgeois ne se rapporte pas au prolétaire comme le maître à l‘esclave ou le seigneur au serf. Théoriquement libre, en fait obligé de vendre sa force de travail pour vivre, le prolétaire est payé par le bourgeois pour la location de son corps et de son énergie. L’omniprésence de l’échange marchand a conduit le capitalisme à une gestion originale de la prostitution, avec des conséquences considérables sur son traitement de l’homosexualité. »

La suite sur le blog DDT21.

Elle vendait des petits ghettos / Alain Fleig

Blast et Meor Berlin lesbiennes 1920Bien sûr l’addition de tous ces mouvements, et même aujourd’hui où tout cela est tellement atomisé que Karl n’y reconnaîtrait pas ses petits, doit être prise en cause. Ça existe. Il y a un véritable mouvement existentiel, un mouvement du “désir”, une émergence de l’individu, comme on a vu qu’il y avait émergence du corps, mais n’allons pas y voir la nouvelle forme du courant “révolutionnaire“, la forme enfin trouvée de l’anti-pouvoir, de l’anti-bureaucratie, de l’anti-capitalisme, la panacée nous sortirait enfin des vieilles luttes anars et des ornières gauchieuses, d’ailleurs les gauchistes se sont empressés de bâfrer tout ce qu’ils pouvaient quitte à en dégueuler, quitte à en crever, preuve que cette soupe était non seulement comestible mais encore excellente pour le système.
Si le “Je“ apparaît, même si brusquement on lui reconnaît le droit de cité, il ne s’agit dans les faits que d’une nouvelle et plus subtile aspiration réformiste, du réformisme new-look qui se drape, ma chère, dans quelques strass situationnistes mal astiqués. Ça n’est pas la réaction contre la misère de la vie quotidienne c’en est au contraire expression la plus achevée, son émergence en tant que signe phallique, son identification en tant que modèle à l’intérieur de l’équivalent général de l’économie politique.

La suite sur Botanica Politica (extrait de Alain Fleig, Lutte de con et piège à classe, Paris Ed. Stock, 1977 )